__Quelle dose de vérité est-on capable de supporter ?
La différence entre le monde tel qu'il est et tel qu'on aimerait qu'il soit est si grande, qu'il nous faut user d'artifice pour l'embellir, afin qu'il y devienne habitable.
Postulons donc la vie comme foncièrement angoissante : la mort imprévisible, l'égoïsme de l'homme, le non sens de l'existence, la peur d'autrui, le besoin de sécurité, les instincts insatiables de domination, nos désirs qui nous font osciller entre l'ennui et la frustration....autant de souffrance qu'il nous faut cacher pour accepter de vivre.
__Qui voudrait vivre dans un tel monde ?
L'homme étant un être qui a la capacité d'espérer du mieux, de juger du bien ou du mal, de ressentir un bien être ou un mal être, doué d'une sensibilité très nuancée, comment un tel être pourrait vivre paisiblement dans un tel monde ?
Un homme voyant le monde tel qu'il est payerait cher sa désillusion : peur, ennui, solitude, lassitude, angoisse....
C'est parce que l'homme est incapable de résister à un degré de souffrance si grand, qu'il se voit obliger de changer sa représentation du monde.
Comment peut-on habiter dans un monde si dangereux si ce n'est en ignorant le danger ?
Ainsi l'homme fait appel à de nombreux outils qui lui serviront de tranquillisant
Voila que naissent une série de mensonges très diversifiées : morale humaniste, création de dieux libérateurs, invention de valeurs contre nature, incarnation du bonheur dans des objets insuffisant ( argent, pouvoir, technologie ) , et même des recours à l'anesthésiant ( travail, médias, divertissement ).
L'histoire de l'homme retrace son rapport avec le monde brut, ou plutôt de sa fuite contre le monde brut.
__L'illusion s'impose alors à l'homme comme un besoin vital, qui lui permet de rendre son existence supportable en cachant l'état invivable de ce monde.
Sommes nous apeurés devant la mort ?
Inventons donc un paradis.
Sommes nous en état de méfiance continuelle envers autrui ?
Inventons donc une morale d'amour gratuit.
Se sent-on seul ?
Poursuivons donc dans des valeurs humanistes.
On aboutit au cours de ce cheminement à une représentation tolérable du monde, et l'illusion constitue alors la meilleure des polices qui nous préserve contre la vie.